Intégration culturelle

Publié le par fibra

Intégration culturelle

Les migrations contemporaines et les problèmes qui leur sont relatifs trouvent essor depuis la phase impérialiste du capitalisme. C’est la croissance économique des pays industriels qui a engendré et perpétué le phénomène migratoire. D’ores et déjà, les frontières se brisent devant les capitaux et les marchandises y compris la force du travail.

Mais, le phénomène recouvre plusieurs dimensions que l’on ne peut pas réduire à un simple déplacement de la force du travail. C’est-à-dire qu’il englobe l’économique, le politique, le scientifique… y a ceux qui sont poussés à émigré car, la petite propriété paysanne s’est effondrée et, par conséquent, les paysans se sont déplacés pas seulement dans l’espace mais, dans le secteur d’activité aussi. Ils ont changé de positionnement socio-économique, de la production libre au travail sous conditions. D’autres ont émigré pour des raisons politiques ou scientifiques …

Le phénomène migratoire pose des problèmes sérieux au niveau politique, économique, social et culturel. « La confusion du discours renvoie une question centrale dans tout le débat politique et économique sur les étrangers : celle de leur intégration. » [1]

L’intégration n’est pas un concept abstrait mais, c’est un terme multidimensionnel qui fait appel à des méthodes et des dispositifs qui visent à la réalisation d’une certaine normalité de la vie quotidienne de multiples et différentes ethnies en cohabitation et en coexistence sur un même espace. Et, l’intégration comme processus diffère des politiques d’intégration. Puis, elle est culturelle d’une part et, structurelle de l’autre.

Notre discussion va cibler une catégorie des immigrés ; la deuxième génération, pour ainsi pouvoir examiner en toute clarté l’intégration culturelle sans se perdre dans d’autres dimensions.

Qu’elles sont les particularités de la deuxième génération ?

Y a-t-elle une différence entre elle et la première génération (leur père), en quoi consiste ?

La deuxième génération se distingue de la première par : le fait qu’ils sont des « immigrés qui n’ont émigré de nulle part » comme a dit A. Sayadet, leurs aspirations diffèrent de celles de leur père puis, par leur rapport immédiat avec les institutions du système éducatif, l’école spécifiquement, car elle détermine le choix et oriente vers un objectif tracé, prédéterminé.

Est-ce que l’école assure un enseignement poussé, supérieur ou oriente vers la technique et le professionnel ?

Peut-on parler d’égalité des chances ?

Face à cette réalité, comment peut-on parler de l’intégration culturelle ?

Revenons sur le premier point , on peut dire que les jeunes de la deuxième génération sont surtout nés en France , c’est-à-dire qu’ils sont des jeunes français et cela veut dire que le problème d’intégration n’est pas d’ordre juridique qui va déterminer leur citoyenneté ou non mais, ça concerne précisément leur rapport avec la vie active, le travail, et la culture de la société où ils sont nés, sans mettre à part la culture de leur famille. Cette situation délicate les incite à se poser des questions, philosophiques même, car face à cette réalité d’entre-deux, les jeunes ne savent plus s’ils sont vraiment des français juste par naissance ou des étrangers par référence aux origines de leur famille. Puis, vivre dans les îlots par communautés leur rappelle sans cesse qu’ils ne sont pas des citoyens français comme tous les autres qui ont ce privilège. Par conséquent, chercher un refuge pour s’imposer nous amène à méditer et à essayer de déceler les mécanismes du fonctionnement de plusieurs phénomènes, tels que : la violence, la drogue, l’appartenance à des organisations informelles, des mafias, éclater des émeutes, comme le cas en France 2005…

Donc, l’intégration culturelle n’est pas une tâche technique et ne dépend pas des décisions politiques et administratives mais, elle est un processus dépendant du projet de société du pays d’installation qui est dans ce cas leur pays propre, car ce sont des natifs français. C’est ce qui va nous renvoyer au système éducatif, scolaire surtout.

« L’école est au centre des discussions sur la deuxièmes génération. L’entrée des jeunes dans l’institution scolaire du pays d’accueil constitue en effet un moment marquant de leur socialisation. En même temps, l’école est généralement considérée comme l’instrument privilégié de l’intégration : elle socialise et intègre ; elle n’est pas seulement instrument d’acculturation, mais aussi de déculturation (Roux, 1991) ». [2]

Mais, est-ce que l’école est neutre ?

L’enseignement français, en l’occurrence, se divise en deux :

1 Enseignement court qui mène à la vie professionnelle, pour ainsi les jeunes prennent la place de leur père mais, dans un autre contexte où la machine remplace l’homme dans l’usine. Par conséquent, on n’a plus besoin des ouvriers illettrés, à l’encontre on a affaire à des ouvriers spécialisés ou/et qualifiés. Et, l’enseignement qui débouche sur la profession en un bref temps est un moyen de les préparer pour accéder aux activités prédéterminées.

2 l’enseignement général ou supérieur, qui est réservé d’une façon, ou de l’autre aux citoyens français qui ne sont pas issus des origines non françaises.

Alors, dans ce cas, l’école ne sélectionne-t-elle pas ? C’est quoi l’égalité des chances ?

« … une différence fondamentale entre le supérieur et le secondaire réside tout simplement dans le fait que les élèves sont des adultes, dans le premier cas, et des mineurs, dans le second… »[3]

Et, la sélection débute depuis l’adolescence, car l’élève ne prend pas conscience de son choix ou n’est pas à la hauteur de choisir, ce qui va entrainer l’intervention de l’école d’une part et de la famille de l’autre, pour déterminer la voie à venir de l’élève/ adolescent. Mais, cette famille, dans notre cas des immigrés, est-ce qu’elle a les moyens permettant à l’adolescent de poursuivre ses études ? Sûrement non. Donc, implicitement, le système reproduit les différences et assigne à chacun la place à occuper, le rôle à remplir, la tâche à accomplir.

« En France comme ailleurs, le principe du collège unique n’a jamais vraiment cessé d’être dénoncé par une partie de l’opinion. Aujourd‘hui encore, il n’y a guère de problème social que les critiques du collège unique ne finissent par rapporter à sa funeste influence : sortie sans qualification du système scolaire, chômage des jeunes, incivilité, violence urbaine…les plus radicaux n’hésitent pas à y voir à la fois le signe et la racine d’une générale « crise civilisationnelle ». [4]

« Ce qui revient sans cesse au centre du débat , en France, c’est une orientation précoce des « adolescents à problèmes » vers des filières techniques ou vers la vie active , accompagnée d’un effort pour mettre à disposition des employeurs des contrats d’insertion spécifique et à faible coût . Les émeutes des jeunes vivant dans les banlieues françaises en novembre 2005 ont été un bon révélateur de cette perception toujours renaissante. La seule réponse finalement apportée à cette explosion sociale fut dans un premier temps la création d’un contrat du travail spécifique pour les jeunes peu qualifiés, puis, devant l’opposition et le soulèvement de l’autre jeunesse (celle qui fréquente les universités) , un retour pur et simple à des possibilités d’insertion précoce via l’apprentissage. »

C’est en 1975 que la réforme Hapy vient de mettre fin en théorie au collège unique , en prétendant instituer un type d’établissement qui s’appuie sur une pédagogie qui prend en considération la diversité des élèves mais, l’orientation précoce persiste toujours et le collège unique n’a pas pris fin. Ce qui va mener à orienter les élèves vers l’apprentissage et la vie active, et incite à intégrer l’enseignement technique au système éducatif dans sa totalité, ainsi ne reste plus à part. L’enseignement technique est désormais une composante du système éducatif.

Si l’intégration des immigrés est au centre de tous les débats politiques, culturels et économiques … la référence théorique n’est jamais la même. Il n’y a pas d’unanimité ou de consensus sur le comment on conçoit l’intégration ? Pourquoi on s’engage dans les débats, parfois, houleux en essayant de cerner tous les aspects qui lui sont relatifs ? Peut-on produire un discours scientifique sur les immigrés et leurs conditions, sans recours aux idéologies ?

Enfin, comment on demande aux jeunes/ fils des immigrés de s’intégrer, et pourtant ils sont des natifs français ? S’intégrer à quoi ?

[1] Barbara, Grabmann, la culture et l’intégration dans la recherche sociologique en France et en Allemagne (1980-1992), Persée.fr, p.201.

*Abdelmalek Sayad est un sociologue algérien (1933-1998) qui a travaillé en collaboration avec Pierre Bourdieu, sur l’émigration des algériens en France , lui-même immigré depuis 1963. Toute sa vie était voué à la question migratoire .Et, c’est pour cela Bourdieu appelle la sociologie de Sayad

, une sociologie du « service publique » car, elle s’adresse aux immigrés eux-mêmes.

[2] Eric, Maurin, la nouvelle question scolaire, les bénéfices de la démocratisation, Editions du seuil, Paris, 2007.

[3] Ibid, p.101.

[4] Ibid, p.102

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