L’école et les enfants d’immigrés

Publié le par fibra

Résumé

Introduction

1- Concepts théoriques

2- Socialisation

3- Intégration

4- L’école comme moyen de socialisation

5- Egalité ou inégalité dans l’école ?

6- Politique migratoire et échec scolaire

Conclusion

Références bibliographiques

Résumé

Ce travail traite de l’échec scolaire des enfants d’immigrés qu’on a dépendu de la politique de l’Etat envers les immigrés et leurs enfants.

Nous avons essayé de discuter ce sujet depuis l’analyse de quelques concepts théoriques ; tels que : la socialisation, l’intégration, l’identité, la politique de l’Etat dans le domaine de l’enseignement … Et, nous avons vu que la socialisation pose des problèmes de taille et concerne directement les parents, la société et l’Etat. Les parents sont dans une situation délicate ; d’une part ils visent à garder leur culture et leurs valeurs tout en les transmettant à leurs enfants, et d’autre part ils sont face à une réalité différente où leurs enfants confrontent d’autres cultures et d’autres valeurs différentes. Et, vu leur statut ils investissent dans leurs enfants, car l’avenir n’est jamais en rose ; la perte du travail, la vieillesse … Ce concept nous pousse à révéler la question d’identité qui n’est pas une chose stagnante, mais change tout au long de la vie. Elle se construit dans le processus infini jusqu’à la mort. Puis nous avons traité l’intégration considérée comme processus qui vise à garantir la normalité de la vie quotidienne. Et, nous avons vu que l’Etat tend à voir l’intégration comme assimilation, c’est-à-dire que l’individu intégré est celui qui renonce à sa culture d’origine et adopte complètement la culture du pays où il vit. Puis, l’Etat réduit le problème d’intégration à une question de langue que l’on présuppose comme condition préalable de toute intégration réussie. Et que la délinquance revient à ce que le sujet ne maîtrise pas la langue. Enfin, nous avons vu que l’égalité n’est pas un principe présent dans l’école en s’appuyant sur les écrits du sociologue Abdelmalek Sayad et ceux de Pierre Bourdieu et bien d’autres.

Summary

This work treats school failure of the children of immigrants who one depended on the policy of the State towards the immigrants and their children.
We tried to discuss this subject since the analysis of some theoretical concepts; such as: socialization, integration, identity, the policy of the State in the curricular area… And, we saw that socialization poses problems of size and directly relates to the parents, the company and the State. The parents are in a delicate situation; on the one hand they aim at keeping their culture and their values all while transmitting them to their children, and on the other hand they are vis-a-vis a different reality where their children confront other different cultures and other values. And, considering their statute they invest in their children, because the future is never pink; the loss of work, old age… This concept pushes us to reveal the question of identity which is not a stagnant thing, but changes throughout the life. It is built in the infinite process until death. Then we treated the integration considered as process which aims at guaranteeing the normality of the daily life. And, we saw that the State tends to see integration like assimilation, i.e. the integrated individual is that who gives up his culture of origin and adopts the culture of the country completely where he lives. Then, the State reduces the problem of integration to a question of language which one presupposes like prerequisite of any successful integration And that the delinquency returns so that the subject does not have a command of the language. Lastly, we saw that the equality is not a principle present in the school while being based on the writings of the sociologist Abdelmalek Sayad and those of Pierre Bourdieu and well of others.

ملخص

يناقش هذا العمل موضوع الفشل المدرسي عند أبناء المهاجرين و الذي ربطناه بسياسة الدولة في هذا المجال. و قد حاولنا مناقشة هذا الموضوع من خلال تحليل بعض المفاهيم النظرية المرتبطة بالموضوع، و نذكر من بينها: التنشئة الاجتماعية، الإدماج، سياسة الدولة التعليمية، الهوية ... و قد رأينا بأن التنشئة الاجتماعية تطرح مشاكل حقيقية و معقدة للآباء و للدولة في نفس الوقت. فبالنسبة للآباء هم في وضعية صعبة ، حيث يحاولون أن يلقنوا للأطفال قيم و ثقافة مجتمعهم الأصلي و من جهة أخرى هم في وجه لوجه مع واقع مختلف، حيث يلتقي الأطفال مع قيم أخرى و ثقافات أخرى مختلفة، و لأن وضعهم كمهاجرين ليس قارا أبدا ، فإنهم يستثمرون في أطفالهم تحسبا لي شيء قد يقع، كفقدان العمل أو الشيخوخة... و قد تعرجنا على هذه المفاهيم لنصل إلى مفهوم الهوية الذي يطرح نفسه بقوة. ثم سلطنا الضوء على الإدماج كمسألة تضمن الاستمرارية العادية للحياة اليومية. و رأينا كيف أن الدولة تخلط بين الإدماج و الانصهار، أي التخلي عن الثقافة الأصلية و تبني ثقافة البلد الذي يعيش فيه الأطفال و المهاجرون عامة. ثم أنها ترى في اكتساب اللغة شرطا ضروريا و أوليا لي إدماج ممكن.

و في الخير رأينا أن الديمقراطية داخل المدرسة لا معنى لها ، ما دام أن التعامل مع الأطفال لا يتم بشكل طبيعي ، بل يعكس أحيانا تصرفات تمييزية بل عنصرية. و قد اعتمدنا على كتابات كل من عبد المالك صياد و بيير بورديو و آخرين.

Introduction

L’histoire de l’humanité jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des migrations. Cela est dû à la nature de l’Homme comme un être mobile qui se déplace pour de multiples raisons et selon des contextes et des époques historiques. Nous n’allons pas donner ici un historique des mouvements migratoires, mais nous nous penchons , surtout, sur notre époque actuelle afin d’essayer d’éclaircir les différents aspects que revêtissent ces mouvements , ainsi que le contexte qui les a engendrés, dans le but de situer la problématique migratoire et chercher à comprendre la place qu’occupe le système éducatif , surtout l’école, dans le processus migratoire.

Comment l’école se comporte envers les enfants d’immigrés ? Comment l’apprentissage et l’enseignement se déroulent ? Comment est-ce que les programmes adoptés répondent aux aspirations des immigrés ? Y a –t-il l’égalité des chances dans l’école ? L’école participe-t-elle à la construction de la personnalité de l’enfant et son autonomie ou l’oriente vers un but qui lui est étrange ? L’école débouche-t-elle sur un avenir scientifique important ou sur des formations professionnelles ? L’école reproduit-elle des inégalités inhérentes au politique ou respecte sa tâche d’éducation et d’enseignement hors des préjugés et des clichés taxés sur l’immigré ? L’école est-elle neutre ?

Ces questions et bien d’autres se posent vu l’irréversibilité de la situation migratoire, car même si la crise actuelle pousse un nombre considérable de retourner à leur pays d’origine, il y a la majorité qui est dans le point de non retour. L’intégration donc s’impose et l’école reste un espace et un moyen déterminant de l’intégration des générations issues de l’immigration, car ils (enfants) sont des natifs des pays d’installation de leurs parents, c’est ce qui pose encore le problème des droits civiques et de citoyenneté.

Comment l’école donc participe à l’adaptation aux valeurs et aux coutumes des pays d’installation ? Et, comment elle respecte la culture de ces enfants, car ils sont au sein des familles qui ont une culture différente ? Dans cette situation où se croisent différentes cultures, comment l’école conçoit la culture et l’intégration dans son système éducatif ?

Toutes ces questions nous mènent vers cette hypothèse : l’échec scolaire et l’arrêt des études à bas niveau sont le résultat des politiques des migrations , fondées sur le « choix » entre l’assimilation ou le rejet ; c’est-à-dire entre le déracinement ou le retour aux pays d’origine. Autrement dit, adopter sans faille la culture du pays d’installation ou retourner au pays d’origine.

Pour affiner cette hypothèse nous allons traiter l’enfant au centre de l’école comme institution de socialisation et d’intégration et voir s’il y a l’égalité des chances ou bien l’école sélectionne sur la base de citoyen et non citoyen , puis comment cela influence les pédagogie et l’orientation des enfants / élèves vers le supérieur ou le professionnel ?

Concepts théoriques

Dans le but de préciser les concepts théoriques sur lesquels mon travail est basé, j’ai fragmenté l’hypothèse de la façon suivante : l’enfant d’immigré dans l’école, problèmes linguistiques, situation des parents, le fonctionnement de l’école.

En s’appuyant sur ces thèmes dérivés de l’hypothèse, nous allons définir la socialisation, l’intégration et l’école dans sa nature de fonctionnement. Et, comment l’Etat se comporte envers les immigrés et leurs enfants.

La socialisation

La socialisation des enfants issus de l’immigration pose de sérieux problèmes à leurs parents d’une part et à la société d’installation d’autre part. Comment ?

Pour les parents, ils ont toujours le souci de garder leur culture et leurs valeurs tout en coexistant ou en cohabitant avec d’autres valeurs inhérentes à la société où ils vivent. L’attachement aux traditions par nostalgie et la réponse aux exigences quotidiennes les incitent à inculquer à leurs enfants et transmettre la culture d’origine sans obstacles et faciliter l’adaptation au pays d’installation. Donc, le respect de la personne de l’enfant et de son développement normal sans handicaps, sans mettre à part la langue et la culture du pays d’origine. Mais encore, le respect des valeurs et de la culture ainsi que des lois qui régissent le déroulement de la vie quotidienne. Tout cela en considérant l’enfant comme l’avenir de la famille qui va subvenir à ses besoins en cas d’imprévu ; surtout la situation est toujours précaire. D’autre part, la société d’installation considère les immigrés et leurs enfants comme des étrangers, quoique ce soit le niveau d’intégration. Cela revient à la question culturelle ; on ne peut pas changer les mentalités avec des décisions, c’est une question éducative et ça change avec l’éducation alternative, c’est pourquoi l’école est au centre de ce changement et doit jouer ce rôle si elle est à l’abri des idéologies discriminatoires.

Selon Colette Sabatier « Une socialisation réussie suppose quatre conditions : un contexte, un sujet apprenant malléable et désireux d’apprendre, des agents de socialisation et en phase avec l’environnement et enfin une communauté apprenante. » (1)

La socialisation sert donc à mieux s’adapter aux situations via la transmission des valeurs et de la culture permettant de se placer normalement dans le processus de la production de la vie quotidienne en donnant du sens à sa vie en société. « Ce qui est difficile, c’est de changer de mentalité. Je fais deux vies. Quand je suis à l’école, je vie comme les québécois, à la maison, je fais nos coutumes. »(2)

Cette idée reflète deux choses : à l’école il mène une vie comme les québécois, ce qui veut dire qu’il s’adapte sans problèmes, qu’il y a une socialisation réussie, mais d’autre part à la maison il fait les coutumes de la famille. Deux vies donc ; une vie ailleurs, et une dedans.

La socialisation suppose toujours la question d’identité.

C’est quoi l’identité de l’enfant d’immigré ?

Selon Amine Maamouf « une identité ne se fragmente pas ; une personne ne peut pas être moitié française, moitié libanaise. Elle n’a pas plusieurs identités, mais une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un dosage particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit tout au long de l’existence. » (3)

Nous avons soulevé la question d’identité en la rattachant à la socialisation et à l’intégration, car l’immigration pour la grande majorité est définitive, le retour ne se pose plus. Malgré la xénophobie il y a toujours le choix de rester dans le pays d’installation (ou dans leur pays, cas des enfants, car c’est là où ils sont nés.)

La socialisation a pour fin l’intégration et celle-là passe par la transmission des valeurs, des normes et assigne des rôles. L’enfant est socialisé par plusieurs instances : la famille, l’école, le groupe d’amis et les médias. Mais la socialisation ne se fait pas sans agents que l’on peut subdiviser en des agents primaires (famille, école, médias, groupe d’amis…) et des agents secondaires (monde professionnel, groupe d’amis…)

Intégration

L’intégration est un processus et un facteur déterminant de la cohésion qui va garantir la normalité de la vie quotidienne, en rendant l’individu sociable. Et dans le cas des immigrés qu’on traite maintenant, l’intégration est un concept qui s’impose, mais selon différents modèles : « le modèle communautariste, le modèle intégrationniste et le modèle multiculturaliste raisonnable. »(4)

Nous allons citer un exemple depuis un rapport de la commission « préventive du groupe d’études parlementaire sur la sécurité intérieur » présidé par Jacques-Alain Benisti, rendu à Dominique DeVillepin en octobre 2004. Voici ce que le rapport déclare dans ses premières pages : « Entre 1et3 ans : seuls les parents, et en particulier la mère, ont un contact avec leurs enfants. Si ces derniers sont d’origine étrangère elles devront s’obliger à parler le Français dans leur foyer pour habituer les enfants à n’avoir que cette langue pour s’exprimer(…). Si elles sentent dans certains cas des réticences de la part des pères, qui exigent souvent le parler partois du pays à la maison, elles seront dissuadées de le faire. Il faut alors engager des actions en directions du père pour l’inciter dans cette direction »(5)

Le rapport établit une corrélation entre la délinquance et « un déficit d’intégration », lié au fait de parler une autre langue que le Français, dit l’auteur, et ajoute que « le discours sur l’intégration, et désormais le terme lui-même, vise à imposer et à légitimer une distinction entre un « nous » et un « eux », entre des intégrables, des inintégrables et des désintégrés d’une autre part, et une société française intégratrice d’autre… »(6)

Certes, le concept d’intégration est purement sociologique, puisqu’il s’agît de l’individu et de la société, des valeurs, des normes et des rôles. Mais dans le cas des immigrés, l’intégration devient un concept idéologisé et politisé. Car, il vise à isoler ceux qui sont objet de l’intégration de ceux qui ne sont pas concernés vu leur appartenance a priori à la société. S’intégrer à quoi ? Et de quelle façon ? Et pour quelle fin?

Implicitement on cherche à rendre la société homogène, où toutes les particularités et les différences seront anéanties pour perpétuer la domination d’une culture et une seule. Cette vision nous renvoie à la Grèce antique où les grecs se distinguent des « barbares » par la langue. Selon ceux-ci, est « barbare » celui qui ne parle pas leur langue. Le « barbare » est l’étranger qui n’est pas de la cité, puis ils(les grecs) dépendent la pensée et la civilisation de la langue. Celui qui ne parle pas leur langue ne peut pas penser, donc n’est pas civilisé, et n’est qu’un « barbare », sauvage, inhumain et se réduit au stade animal. Là, la distinction est basée sur le linguistique et non le racial ou l’ethnique.

Quand le rapport cité mis en relief la langue française comme condition d’intégration et distingue le citoyen français du non citoyen qui ne parle pas le Français, c’est tout à fait la même définition de l’étranger chez les grecs d’antiquité. Un immigré donc est un « barbare » tant qu’il ne maîtrise pas le Français. C’est pour cela nous pouvons dire que la tradition culturelle occidentale ne peut pas se libérer de la culture antique, et que le « barbare » comme concept change de forme et non pas du contenu à travers les époques historiques. Les grecs disaient que le « barbare » peut devenir civilisé s’il adopte la culture et la civilisation grecques via son utilisation de la langue. La même chose dans notre cas français qui dépend l’intégration de la maîtrise de la langue.

L’école comme moyen de socialisation et d’intégration

Selon Abdelmalek Sayad « les enfants d’immigrés algériens en France vivent les contradictions entre une société d’accueil qui voudrait les rendre invisibles et des familles désorientées par la violence de l’émigration, ils sont « étrangers » à leurs pays autant qu’à leurs parents … Des enfants illégitimes. »(7)

Notre sociologue ajoute , en parlant des droits civiques et précisément le traitement scolaire, « comment qualifier autrement que « raciste » le comportement de nombre d’enseignants qui se contentent de reléguer au fond de la classe leurs élèves enfants d’immigrés sous prétexte qu’ils n’ont pas le niveau scolaire suffisant , qu’ils sont indisciplinés ? Ou encore ces professeurs qui orientent les enfants d’immigrés dans les filières les plus courtes et les plus dépréciées même dans l’enseignement technique, sous prétexte que ces formations, plus « économique » en temps et en argents, sont plus immédiatement et plus sûrement rentables ? La relégation au fond de la classe en prépare d’autres, infiniment plus lourdes de conséquences. »(8)

Dans cet extrait, Sayad soulève deux points très importants pour la compréhension de la situation des enfants d’immigrés ; le premier revient à ce que les enfants vivent entre deux positions, une inhérente à la société française qui les considère comme des immigrés, car ils sont fils des immigrés, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas des français égaux aux autres, vu leurs origines. Cette vision est surchargée de rejet et d’exclusion, car un étranger est toujours source de désordre et provoque de prudence, de peur, car on ne le connaît pas et on ne le reconnaît pas non plus. Cela a d’impact sur la psychologie des enfants qui éprouvent le sentiment de discrimination et de racisme envers eux. Le deuxième point se rattache à leur relation avec leur famille ; celle-ci agressée dans son expérience, d’une part elle est déracinée et d’autre part elle vit dans une société qui ne la reconnaît pas. Et, sur la base de son expérience, elle aspire à un présent et un avenir de leurs enfants différents de ce qu’elle a vécu et ce qu’elle vit. C’est pourquoi l’école est une alternative qui peut changer le cours des choses. Au moins ce qu’elle espère, que leurs enfants ne reproduisent pas leur expérience. Mais, est-ce que l’école est une institution qui participe à effacer les traces d’une mauvaise et délicate expérience que l’immigré a connue ? Est-ce qu’il y a l’égalité entre les enfants /élèves dans la classe abstraction faite de leurs origines ?

A.Sayad, dans le deuxième point que nous avons cité, révèle le contraire, car le fait de reléguer l’enfant /l’élève au fond de la classe sous prétexte de telles difficultés propres à la langue, reflète un comportement d’inégalité voir du racisme.

Nous avons dit que la fin de la socialisation est l’intégration, et que celle-là s’effectue à travers diverses institutions ; l’école est une parmi le tout et son rôle est décisif dans la formation de la personnalité des enfants et dans la construction de ses connaissances et son autonomie. Mais, l’enseignement et l’éducation est une Question de valeurs. Quelles valeurs on transmet depuis l’école ? Est-ce que ces valeurs respectent la personne de l’enfant, le préparent à la liberté ?

Egalité ou inégalité dans l’école ?

Pour affiner cette question d’égalité des chances au sein de l’école, il est nécessaire de dire que l’école n’est pas une institution qui fonctionne in dépendamment de la société globale. Elle en fait partie et considérée comme une cellule de base pour la continuité et le déroulement du processus éducatif. Car, si on n’inculque pas et on ne transmet pas les connaissances et les valeurs aux générations qui viennent, la société ne pourrait plus se reproduire. Mais, est-ce que l’école produit et reproduit des valeurs « absolues », générales ou celles d’une partie de la société, la partie dominante ?

Donc l’école n’est-elle pas un moyen qui facilite la domination ? L’école ne reproduit pas les inégalités inhérentes à la société des classes ? La société n’est-elle pas une société des castes, puisque la classe dominante reproduit ses valeurs et elle-même et perpétue sa domination et assigne à chacun son rôle et sa place via la nature d’enseignement ?

L’école n’est pas neutre et, selon Pierre Bourdieu, ne fait que reproduire les inégalités. Car, elle diffuse la culture dominante, et n’est pas hors des rapports de forces dans la société, c’est plutôt ces rapports qui déterminent la nature de l’école et des systèmes d’enseignement et d’éducation. C’est pour cela que les enfants des dominés sont exposés à l’échec, car ils connaissent des problèmes d’acculturation. Ce n’est pas le cas des enfants des dominants qui sont déjà bien préparés et profitent des capitaux que possèdent leurs parents.

Dans l’école on est donc face à des enfants très différents au niveau des atouts dont ils disposent, et les traiter de la même façon ne fait que renforce les inégalités et exclure les enfants des dominés, privés des capitaux, tout en favorisant la réussite des enfants des dominants, possédant des capitaux. C’est ça explique les inégalités et leur reproduction et dément le mythe de généralisation et de démocratisation. « L’école « capitaliste »(titre d’un livre en son temps célèbre de Baudelot et Establet) contribuait par la sélection ouverte ou larvée qu’elle pratiquait à la « reproduction » (autre titre célèbre de Bourdieu et Passeron ) de la structure de classe de la société , en excluant les enfants des classes « défavorisées » de l’accès à la culture , aux formes les plus qualifiées de la formation professionnelle , et donc de la participation aux pouvoirs de la classe dirigeante . Cette thèse, sous sa forme la plus récente, s’appuyant sur le fait que 20% des enfants quittaient l’école sans aucun diplôme ni aucune compétence professionnelle … »(9)

L’école, donc, fonctionne selon des déterminations sociales, elle est une institution au service de la classe dominante. Elle exclue et intègre à sa façon.

« Celui qui est exclu de la coexistence, de l’intégration, c’est l’étranger –extraneus : celui qui est en dehors, qui vient du dehors, qui est étranger… L’étranger est donc menaçant pour l’intégrité du groupe- sauf s’il réussit à se transformer pour s’assimiler, devenir semblable, à la limite cesser d’être autre. Face à cette menace de l’autre, l’exclusion apparaît comme une manifestation d’agressivité liée à la pulsion de mort dont la forme la plus radicale, analysée par le psychanalyste Jean Bergeret , constitue la violence fondamentale , instinct de survie purement défensif. »(10)

De ce que nous avons vu, l’école n’est pas neutre et pratique de l’exclusion en s’appuyant sur des différences entre les enfants, en favorisant la réussite des sélectionnés sur la base des capitaux que leurs parents détiennent, en même temps qu’elle pousse les défavorisés à quitter l’enseignement à bas niveau ou sans aucun diplôme ; ce qui veut dire que l’exclusion provient de l’inégalité.

A travers l’histoire, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours l’étranger est conçu comme quelqu’un de dehors, et par conséquent il est rejeté d’une façon ou de l’autre ; rejeté de l’espace ou accepté d’y rester, mais rejeté socialement. Ce mécanisme d’exclusion et de rejet est présent là où l’immigré existe.

L’école se comporte envers les enfants des immigrés de cette façon : a priori l’immigré est là juste pour travailler, c’est une force de travail, et lui est assigné des tâches manuelles, difficiles à accomplir par un français, c’est cette première génération qui a construit l’infrastructure et les supports de l’économie pour ainsi s’élancer dans le processus d’industrialisation. Le problème des enfants surgit après le regroupement familial.

La socialisation des enfants d’immigrés vise à reproduire des ouvriers qualifiés ou spécialisés, sans autant leur permettre d’accéder au stade supérieur, universitaire, ce stade est réservé aux élites, celles-ci ne sont pas des immigrés. Et l’alibi d’orientation des enfants d’immigrés vers le professionnel est expliqué par l’handicap de la langue, mais à vrai dire ça s’explique par la nature du fonctionnement de l’école, comme institution de classe, et reflète le regard porté envers l’immigré comme un étranger qui doit être mis hors de la dynamique de la production des connaissances. C’est du racisme déguisé. « Depuis jules ferry, sa fonction (l’école) consiste seulement – et certes c’est capital- à apporter à la masse des enfants les connaissances de base nécessaires pour accéder au monde du travail et à une élite l’accès au stade supérieur de la connaissance. Dans un livre de 1967 intitulé la révolution dans l’enseignement, Joseph Majault explique que notre société a besoin de trois catégories : ceux qui accèdent aux formations supérieures, ceux qui ont vocation à une formation technique, et ceux qui ayant une « intelligence concrète » (sic), ont vocation à « entrer dans la vie active ». Par une harmonie préétablie, ils se répartissent en trois tiers équivalents correspondants aux trois structures scolaires qui se mettent en place ; lycée, centre d’apprentissage…et « entrée dans la vie active ! »(11)

Politique migratoire et échec scolaire

Après le regroupement familial l’Etat français, en l’occurrence, a en fini avec la migration du peuplement pour ainsi franchir un autre stade qui est celui de l’arrivée des familles des immigrés déjà installés dans le territoire français. Ce stade pose d’autres problèmes, surtout, aux enfants et à leur scolarisation.

Comment, donc, l’Etat pense ces problèmes ?

« Dans toute politique migratoire se donne à voir un Etat en action et vouloir étudier l’immigration sans référence à l’Etat relève du non-sens, ce dernier et lui seul, définissant qui est citoyen, qui ne l’est pas et qui pourrait éventuellement le devenir… »(12)

La relation entre l’Etat et l’immigration est bien claire, car celle-ci est le résultat d’envahissement, d’irruption, d’occupation et du colonialisme. La répartition du monde entre les forces impérialistes a provoqué la colonisation d’autres pays , ce qui a généré la privation des paysans de leurs terres en les transformant en des ouvriers qui vont être déracinés pour ainsi participer à la fondation des économies occidentales . La migration est donc un processus qui a pris son commencement avec l’expansion capitaliste, sans cesser de se développer et de se complexifier. Ce processus s’étale sur des étapes que A.Sayad appelle les âges de l’émigration, en les divisant en trois, tels que :

Le premier âge, se caractérise par l’effondrement de l’économie paysanne traditionnelle. Ce qui a engendré l’émigration en France ; le deuxième, se caractérise par la perte du contrôle des émigrés et l’émigration devient une décision individuelle, ne dépendant plus du mandat de la communauté ; quant au troisième, il est basé sur la communauté algérienne déjà installée, et on commence à parler de « colonie » algérienne en France.

Ce qui nous intéresse ici, c’est la question des enfants immigrés et comment l’Etat français pense trouver des solutions aux problèmes qui s’imposent.

« A.Sayad était sollicité par des associations et par des instances gouvernementales pour réfléchir sur la question de l’école et des enfants des familles immigrées. La « commission Berque » chargée par le ministre de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, de proposer une réflexion sur l’intégration scolaire des enfants de familles immigrées est l’une des instances pour laquelle A.Sayad a produit des analyses et proposé un certain nombre de mesure qui, au final ne seront pas pris en compte. »(13)

A cette époque l’Etat français a essayé d’adopter une approche culturaliste qui vise à lutter contre l’échec scolaire, par l’enseignement des langues et cultures « d’origines » et que Sayad considère comme une « caricature pédagogique », lui qui opère selon une approche sociologique en s’appuyant sur l’histoire. Sayad écrit : « l’école a trouvé dans l’immigration le lien et le motif pour révéler au grand jour, les doutes qui l’habitent ». Et ajoute que l’échec scolaire « dépasse le cadre scolaire et concerne tous les domaines de l’existence de l’immigré, et en premier lieu, à son statut. »

Le problème d’échec scolaire donc n’est pas indépendant de la situation des familles des enfants et n’est pas non plus hors de la logique politicienne de l’Etat. La place accordée aux immigrés dans la société soit au niveau du travail, soit à celui de l’habitat, ou d’autres relatifs au politique et juridique, tout cela participe de près à l’échec scolaire. C’est pourquoi »certains pays, comme la France, proposent déjà des bourses pour aider les collégiens et lycéens issus de milieux modestes. »(14)

Tout essai d’en finir avec l’échec scolaire, sans renoncer à la vision portée envers les immigrés, aboutit à l’échec. Car, le problème ne se réduit pas à une question de situation économique, mais cela dépend de la politique de l’Etat et de son projet de société. Les émeutes de 2005 dévoilent l’hypocrisie étatique, et la marginalisation dont souffrent tous les immigrés de toutes générations. Et, la crise actuelle démasque le vrai visage du capitalisme comme système qui est incapable d’être fidèle aux slogans qu’on diffuse de par toutes les voies médiatiques. L’échec scolaire et l’orientation des enfants d’immigrés vers le professionnel est un choix des institutions qui reproduisent la culture dominante. Le capitalisme n’a pas du visage humain. C’est le marché qui décide la politique de l’Etat, via des multinationales qui, en fin de compte, décident l’avenir du monde. C’est pourquoi l’enseignement est orienté a priori vers la satisfaction des besoins de l’entreprise. Puis, l’intégration et l’exclusion sont deux pôles d’une politique inégalitaire.

Conclusion

Nous allons fugitivement conclure ce sujet en disant que notre hypothèse n’est pas vérifiée par une étude statistique , vu le facteur du temps réservé à l’élaboration de ce travail, puis revient à ce que ce travail nécessite une enquête auprès des enfants d’immigrés , leurs familles, et d’autres institutions en relation avec la problématique de migration , chose impossible maintenant. C’est pourquoi nous nous contentons de se référer à des écrits sur le sujet pour ainsi pouvoir dire que notre hypothèse n’est pas sans sens. Nous avons défendu notre hypothèse par l’analyse de certains concepts théoriques qui ont de rapports immédiats avec l’échec scolaire et avec la politique de l’Etat.

On a choisi la scolarisation, l’intégration, l’égalité, l’échec scolaire, l’identité et bien d’autres, en les mettant en articulation dans une logique d’interdépendance où chaque concept fait appel à l’autre pour ainsi pouvoir élaborer ce travail.

Notes :

(1) Sabtier, C.Socialisation pour l’acculturation, 3(1),47-60

(2) Ditisheim, M. « Je fais deux vies… », p.34

(3) Anne-Françoise Venetz, les parents migrants, l’école et l’enfant, mémoire d’étude, mars 2006.

(4) Boucher Manuel, les théories d’intégration, L’Harmattan, 2000.

(5) Said Bouamama, l’intégration contre l’égalité, (première partie).

(6) Said Bouamama, op.cit.

(7) A.Sayad, l’immigration ou les paradoxes de l’altérité , Raison d’Agir, 2006

(8) A.Sayad, op.cit.

(9) Natanson,Jacques, « l’école, facteur d’exclusion ou d’intégration ?in leportique.revues.org

(10) Natanson,J. op.cit.

(11) Natanson,J.op.cit.

(12) Laurence, Fillaud-Jirai, immigration et pensée d’Etat au Canada et Québec, in actes du colloque international, sur la pensée d’A.Sayad , Paris, 2006

(13) Naadia, Agsous, « l’école et les enfants de l’immigration »

(14) Eric, Maurin , la nouvelle question scolaire, Seuil 2006.

Références bibliographiques

1-Sabatier, C.(2013), socialisation pour l’acculturation : la dynamique de la transmission familiale de l’adaptation en pays d’accueil . Alterstice, 3(1),47-60

2-Ditisheim, Mona, « Je fais deux vies… » : Migration et adolescence : regards. Collection :Vous avez dit…pédagogie. N035. Neuchâtel , sciences de l’éducation, 1995.p.34.

3-Ventez, Anne-Françoise, les parents migrants , l’école et l’enfant, mémoire de fin d’étude pour l’obtention du diplôme HES-filière assistance sociale, Haute Ecole santé-social Valais, mars, 2006.

4-Maalouf, Amine, les identités meurtrières, Ed.Grasset&Fasqelle.1988.p.8

5-Boucher Manuel, Les théories de l’intégration. Entre universalisme et différentialisme. Des débats sociologiques et politiques en France : analyse de textes contemporains, L’Harmattan, 2000.

6- Bouamama, Said, l’intégration contre l’égalité(première partie), in : www.Lmsi.net/L-integration-contre-l-egalite. (les mots sont importants.net)

7- Sayad, Abdelmalek, l’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Editions, Raison d’Agir, 2006

8- Natanson, Jacques, « l’école, facteur d’exclusion ou d’intégration ? », Le portque(en ligne), 3-2006 /soin et éducation(I), mis en ligne le 08 janvier 2007, consulté le 21 février 2015.url :http //leportique.revues.org/890

9- Filllaud-Jirai, Laurebce, Immigration et pensée d’Etat au Canada et au Québec,in : Actualité de al pensée d’Abdelmalek Sayad , Association Des amis d’A. Saya, Ed.LeFemec, Actes du colloque international, 15 et 16 juin 2006-paris.

10-http://www.huffingtonpost.fr/nadia-agsous/abdelmalek-sayad-ecole-enfants-immigration_b_5994882.html

11- Maurin, Eric, la nouvelle question scolaire, les bénéfices de la démocratisation, Edition du Seuil.2007.

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