Lecture du chapitre:"dynamique sociale" in "sens et puissance"

Publié le par fibra

Sens et puissance

Les dynamiques sociales

PUF, juin, 2004, Paris

Georges Balandier

  • Ci-dessous la lecture du premier chapitre intitulé « dynamiques sociales » extrait du livre cité en haut.

Les orientations actuelles des théories de la dynamique sociale

L a notion de dynamique est conçue comme étant le contraire de statique. Ce qui renvoie au temps, à l’histoire, car une chose est dynamique dans le sens où elle est soumise au changement et cela se passe dans le temps, tandis qu’une chose est statique lorsque elle est située hors du temps et ne subit pas de transformation et n’est pas sous l’impact du changement.

« La dynamique sociale est principalement considérée sous l’aspect des différences résultant du devenir des sociétés, et non sous celui des dynamismes inhérents aux systèmes de différences constitutifs de ces derniers. Les deux dynamiques ne sont pas, ou mal, reconnues dans leurs caractéristiques propres et leur relation. » (Balandier, Georges, sens et puissance, p.17)

Selon Balandier, il y a une confusion et ambigüité, puisqu’on ne distingue pas entre l’interne et l’externe dans la dynamique. La mise en valeur des mutations et des changements qu’a engendrés le développement scientifique et technique a généré une autre vision évolutionniste qui s’oppose aux théories fonctionnalistes et structuralistes qui préfèrent souligner la synchronie au lieu de la diachronie dans le fonctionnement des sociétés. Ainsi, le néo-évolutionnisme rejette la philosophie de l’histoire comme spéculation et toute idéologie du progrès continu, car chaque société a son parcours spécifique, ce qui mène à démentir l’universalité du développement social. Les sociétés ne sont pas linéaires dans l’évolution historique, il n’y a pas de continuité et de reproduction monotone.

Le modèle linéaire et simpliste de l’évolution historique des sociétés n’est pas valide, est fort critiqué, car le mouvement de chaque société n’est pas continu, mais discontinu en son sein même, c’est-à-dire dans ces structures constitutives. Et, la complexité des sociétés y compris celles qui sont industrialisées, montre que chaque société peut manifester, malgré le développement technique, une évolution négative, selon la nature d’adaptation aux situations nouvelles.

Balandier évoque un exemple d’analyse ; celle de Sahlins qui dit que « le féodalisme n’a pas engendré le capitalisme parce qu’il constituait, en un temps, le type de société le plus développé, mais en raison de son caractère de formation sociale retardée. De même, selon Service, le Japon a accédé plus rapidement au stade de la société technologique et industrielle parce qu’il fut longtemps le parent culturel pauvre de la Chine ; sa propension au changement était fort supérieur à celle d’une Chine rendue passive, car « hautement spécialisée et adaptée » au mode asiatique de civilisation agricole. Dans cette perspective, la réalisation du socialisme en Russie, et non en Europe occidentale, devient compréhensible : elle a pu se produire non pas parce que la société capitaliste y avait atteint un état de maturité, mais parce qu’elle n’y était pas parvenue ». (Balandier, G., sens et puissance, p.20).

Ce qu’on peut retenir de cet exemple, c’est que les changements ne sont pas automatiquement liés à une accumulation qui passe du quantitatif au qualitatif dans une continuité progressive, mais cela peut être effectué par un mouvement fragmenté et discontinu.

Selon Balandier, cette thèse attribue aux sociétés moins avancées le rôle stimulant du progrès et de cette façon qu’on peut l’assimiler à la thèse marxiste qui considère le prolétariat (les privés des moyens de production et des capitaux) comme force révolutionnaire historique ; c’est-à-dire que les moins développés et les dépourvus de tout sont les générateurs du changement et du progrès, et réalisent la révolution et les mutations sociales. On peut comprendre aussi que l’évolution n’est pas unilinéaire qui considère l’occident source de l’évolution, mais elle est à l’opposé du déterminisme historique, c’est donc multilinéaire et polycentrique et voit que le tiers-monde peut être à moyen et à long terme la source du développement, vu justement sa différenciation et vu la non continuité du parcours historique des sociétés. La théorie du passage et de transition abolit la succession universelle des formations sociales. Ce qui importe pour Balandier c’est « de saisir le jeu des mécanismes internes qui provoquent du dedans la modification ou le changement des groupes et systèmes sociaux. Il est reconnu que ces derniers recèlent une potentialité, une capacité de développement, indépendantes des circonstances extérieures ; ils obéissent à une tendance qui leur est inhérente et tente de se réaliser, en quelque sorte, tout au long de leur cycle de vie ». (Balandier, G., sens et puissance, pp. 21-22).

Ici, on met en relief les facteurs internes sans autant prendre les facteurs externes comme prédominants et déterminants du devenir de la société. C’est plutôt le dedans qui préside et qui détermine le devenir, car la société porte en elle les éléments déterminant l’état de son futur, et sa réalisation dépend d’absence d’intervention accidentelle qui déviera, le cas échéant, son évolution normale, c’est-à-dire abstraction faite de toute irruption externe. Et, dans le cas des contacts externes ; ceux –ci ne se conçoivent pas comme déterminants, mais ils participent à la poussée en avant ou au blocage de transformations qui se déroulent. Celles-ci ne sont pour autant provoquées par le dehors, mais essentiellement déterminées par le dedans.

De la pensée grecque jusqu’aux temps modernes, le développement des sociétés est rattaché à leurs structures et à leur nature. Toute société porte en elle les éléments qui réalisent leur devenir et leur confèrent un future déjà porté dans le présent d’une sorte ou d’une autre. Les mots clés, selon Balandier, de cette vision sont : l’immanence, la continuité et la réalisation. Et, « la contribution la plus récente, et la plus systématique, à la sociologie développementaliste est celle de R.Nisbet. Il voit en celle-ci l’instrument permettant de considérer et d’interpréter les « faits manifestes du changement et de la continuité dans le temps ». Le changement « implique comme caractéristiques centrales la succession de différences dans le temps, mais à l’intérieur d’une identité qui se maintient », c’est un processus qui suppose un lien de causalité entre les différences constituant la série aboutissant à la « différence finale ». Le développement est vu sous un aspect plus radical ; il est « le changement qui procède directement de la structure, de la substance ou de la nature de la chose qui le subit » ; il vise à un accomplissement, aboutissement d’une série d’états- et de la connaissance des principes qui régissent le passage de l’un à l’autre donne la connaissance profonde de la chose soumise à sa loi ». (Balandier, G., sens et puissance, pp. 25-26)

Comme on vient de voir, la statique comme structure et organisation n’est pas une chose passive et stagnante en déconnexion avec l’état dynamique comme mouvement et transformation ; ces deux ne sont pas juxtaposées mais, selon le développementalisme actuel, la statique porte en soi les éléments nécessaires à la dynamique. Ainsi ? il se situe en opposition avec les théories de l’équilibre qui considèrent les facteurs externes source du changement.

Selon Balandier, cette démarche n’est pas encore dans le stade des réalisations scientifiques décisives, malgré qu’elle ne conçoit pas le problème de la dynamique des structures selon des lois d’un évolutionnisme généralisé dans un cadre historique homogène. Et voit que les recherches néo-marxistes sont sur la voie d’aboutir à une solution de ce problème, en évoquant le cas de Louis Althusser et Etienne Balibar. Là, les rapports sociaux conçus dans une logique dynamiste, en considérant les éléments statiques comme déterminants du changement et mènent à l’apparition de nouvelles structures. Ce qui veut dire que les forces productives en relation de contradiction avec la structure des relations de production au sein du système capitaliste, mènent à la destruction du système, donc au changement. Le passage d’un état à un autre revient aux structures ; c’est-à-dire que les contradictions internes de la structure aboutissent à la transition. Cette relation montre comment la structure et le mouvement sont inséparables. Les contradictions internes de la structure engendrent le changement. Ainsi, Balibar fait la distinction entre deux dynamiques différentes ; une dynamique des structures et des systèmes et une dynamique de la transformation. La première est en œuvre à l’intérieur de la structure, tandis que la seconde prend la structure comme objet de transformation. C‘est à fait différent. Mais, l’une ne peut se produire sans l’autre ; la dynamique externe (de transformation) ne peut avoir lieu sans objet qui n’est que la structure et sa dynamique interne. Voici donc une relation d’interdépendance qui révèle l’impossibilité de les dissocier ou de les saisir isolément. C’est ça l’importance de l’apport du néo-marxisme à ce problème. Car, la dynamique interne est conçue comme mouvement qui mène au développement, donc au changement et non à la perpétuation et à la permanence. C’est à travers ce mouvement qu’on peut connaître la nature du développement de la structure sociale. Et, le mouvement relatif à la structure ne débauche pas inévitablement sur la destruction du système, selon Balibar, ce n’est qu’un cycle de son développement.

Nous voici face à un nouveau concept ; celui de limite. Les limites sont au-dedans, à l’intérieur du système et ce n’est pas à sa fin ou ses confins. Autrement dit, c’est la relation établie entre les forces productives et les rapports de production qui génère les limites. Et, c’est toujours les relations de production qui bloquent le développement continu des forces productives, et lorsqu’il n’y a plus de correspondance entre les deux, le passage d’un mode à un autre s’avère nécessaire et inévitable. C’es cette « complexité du mode de production qui créé ses limites » (Balandier,G.,s. et p. p.29)

Les limites, donc, nous conduit à la non-correspondance qui caractérise la phase de transition ; celle-ci n’est pas une destruction totale du mode précédent, ne marque pas non plus une imposition totale d’un nouveau qui remplace l’antérieur, mais elle est une coexistence de plusieurs modes de production, dans une simultanéité où surplombe le mode nouveau sur les autres en coexistence. L’ex-Urss était un exemple. Là on peut se questionner : comment est-ce que la phase de transition ne peut-elle devenir permanente ? Qui va garantir que la phase de transition nous mène au passage au mode nouveau ? Qui doit empêcher la régression ?

Selon Balandier, « la démarche incorpore les intentions du néo-évolutionnisme et du développementalisme. Elle se fonde sur une même position initiale : la connaissance de toute réalité, et donc de la réalité sociale, est la connaissance de ses formes de mouvement ; mais elle appréhende celles-ci d’une manière plus systématique et moins schématique. Elle différencie mieux qu’ils ne le font les divers ordres de temporalités : temps des »évènements longs » ou des permanences, temps de la tendance et du développement, temps des transformations radicales ou de la séquence selon laquelle s’ordonne la succession des modes de production et des formations sociales… Enfin, la démarche présente les deux limitations déjà soulignées : elle traite de sociétés dépourvues d’extériorité et élimine ainsi la dynamique du dehors ; elle s’articule difficilement aux études empiriques dont elle gouverne la réalisation ». (Balandier,G., s. et p. p.30)

Balandier considère les recherches que nous avons vues comme étant situées dans une même lignée, et nous présente d’autres recherches sociologiques à côté de celles-là qui traitent les problèmes du changement social et de la dynamique des systèmes sociaux. Ces recherches sont aussi hors de la logique fixiste et voient que le changement provient d’une convergence et non d’un déterminisme. C’est-à-dire qu’il n’est pas une chose attendue à laquelle on est condamné d’y arriver, mais il (le changement) est le résultat de rencontre et de concordance des pratiques des agents sociaux, qui de par leurs actions contribuent au sein de la société à provoquer et susciter des mouvements dont résulte le changement constant, et pour d’autres le changement est lié ou dépend des institutions, c’est-à-dire du système. Ces recherches sont surtout celles de le sociologie des conflits, qui s’appuie sur les philosophies des contradictions, selon Balandier, et notamment le marxisme.

Pour G. Simmel, surtout, le conflit est ce qui donne sens à la vie de la société et sert au maintien, à l’ajustement et à l’adaptation, tout en réalisant une cohésion des groupes en rapports conflictuels.

Le conflit, donc, devient un facteur d’équilibre et un révélateur de la dynamique de la société et dément la vision statique et unanimiste. Mais, les conflits à l’encontre de cette optique positive, peuvent mener à des coupures pour devenir ainsi un agent du changement.

Les conflits, donc, ne sont pas toujours de la même nature et de la même intensité. Simmel distingue les formes des conflits selon leur nature structurelle. Et, pour Dahrendorf les conflits ne sont pas conçus de la même manière que les marxistes. Pour lui, les conflits ne sont pas exclusivement de grande taille comme le cas des luttes des classes, des révolutions, des guerres, et que les luttes des classes ne dépendent pas et ne s’expliquent pas par la propriété des moyens de production.

Balandier disait que la sociologie des conflits focalise son attention sur l’explication des changements, tandis qu’il faut se pencher sur l’essai de connaitre la société prise comme système dynamique. C’est-à-dire quelle vise juste à déceler les mécanismes du fonctionnement des groupements en conflits, comme le cas des luttes des classes qui se concentrent sur la propriété et le pouvoir. Et, pour lui le système social ne peut être que dynamique et que toute société ne peut être qu’un système approximatif en révélant les pratiques sociales comme suit : conformité, stratégie, manipulation et contestation.

La théorie dynamiste considère le mouvement comme facteur de base de toute société et que celle-ci ne peut être comprise hors du mouvement, et que la connaissance des systèmes dans leur dynamique nous empêche de considérer la société stable et immobile, mais elle existe, continue et change par le mouvement. Cette sociologie se définit comme dynamiste. Elle focalise son attention sur la société comme espace de lutte interne et externe.

La théorie fondée par A.Etzioni, en l’occurrence, se concentre sur le pouvoir ou le mode de production du pouvoir, et de cette façon on cherche à comprendre la dynamique sociale depuis le politique et non pas l’économique. C’est-à-dire les rapports qu’entretiennent les acteurs entre eux tout en mettant en relief les atouts et les moyens dont ils disposent. Ainsi, trois notions sont des mots clés pour l’analyse telles que : le pouvoir, la contrainte sociale et le consensus. Cette théorie s’appelle »la théorie de l’énergie sociétale » ; c’est-à-dire qu’elle prend la société dans sa globalité et non comme des unités fragmentées et limitées. C’est une théorie qui prétend dépasser celles qui se consacrent aux institutions et leurs fonctions étroites, et de cette manière la société globale prise comme objet d’étude et d’analyse n’est jamais stable, mais elle est constamment en mouvement et en changement permanent, et cela passe par les agents sociaux, leurs activités et leurs décisions. C’est pour cela qu’on l’appelle théorie volontariste.

Le propos précédent est appelé « dynamique du dedans », mais reste à voir les travaux qui prennent en considération les facteurs externes ou la causalité externe, cette vision on la trouve chez des anthropologues qui mettent l’accent sur les transformations générées par les éléments culturels de civilisations différentes qu’on peut dénommer acculturation comme processus dynamique, car il provient de la rencontre et du contact des cultures et des sociétés différentes.

Le contact avec l’extérieur, c’est-à-dire la pénétration des sociétés industrielles a créé un contact culturel qui va engendrer une situation dynamique où se confrontent des cultures et des institutions différentes. Ainsi, Balandier a considéré la situation coloniale et de dépendance comme référence fondamentale pour appréhender les dynamiques sociales du dehors, tout en évoquant le rôle des crises et des événements et des mouvements provoqués par cette situation (situation coloniale).

L’analyse des rapports entre les facteurs internes et externes afin de saisir la réalité sociale, nous met face à une recherche appliquant une méthode comparative dans le but d’aboutir à une dynamique sociale différencielle ; c’est-à-dire à une interprétation centrée sur les relations ou précisément les interrelations entre dynamique du dedans et dynamique du dehors dans le processus du fonctionnement des systèmes sociaux.

Dynamiques sociales

L’une des leçons que nous attirons de l’histoire est que les sociétés ne sont pas stagnantes, et ne sont pas a-historiques, mais elles sont en mouvement perpétuel et que leur existence est un processus continu, étant œuvre collective qui n’arrive jamais à son terme. Les sociétés n’ont pas de fin, chaque stade renvoie à un nouveau qui dépasse son précédent. En société tout à faire et ç refaire. L’histoire dévoile les relations entretenues entre les facteurs externes et les facteurs internes des sociétés ; c’est-à-dire que les structures inhérentes à la société sont en contact direct avec les effets externes, ce qui influence le déroulement et le fonctionnement de la société en général. C’est de cette manière que les sociologues doivent focaliser leur attention sur les relations qui constituent l’origine des mouvements au sein de la société qui est dynamique de formation et de nature. Rien n’est fruit du hasard. La pensée est critique dans le sens où elle ne confond pas les apparences avec le sens profond de la réalité. Cela signifie que la réalité n’est pas donnée, mais à dévoiler et à démasquer au-delà des apparences et à reconstruire.

La nouvelle science sociale critique, dynamique et relationnelle vient prendre la place et se positionner en opposition avec celles qui sont pour la stabilité, l’équilibre et le maintien de l’ordre établi. Les sciences sociales critiques se penchent sur la dynamique sociale et culturelle et donnent d’importance au changement, au développement et à la modernisation.

Pour s’imposer, chaque science forge ses concepts et un langage propre à elle. De cette façon le conflit social, l’innovation, l’invention, le changement, la transition, le dépassement… marquent une rupture théorique avec les sciences qui sont fondées sur l’équilibre, la stagnation, la synchronie, l’immobilité… Et, cela vient pour démentir la dichotomie sur la quelle s’appuient le fonctionnalisme et le structuralisme, comme histoire/sans histoire, moderne/traditionnelle…

Le changement ou la transformation des sociétés ne s’effectue pas seulement par les facteurs externes, mais avec la contribution et la détermination des facteurs internes. Le changement se produit par cette relation inéluctable des deux facteurs ; externes et internes. Ce qui mène à voir autrement et à concevoir les choses d’une autre optique, hors de la dualité binaire qui marque une coupure entre statique et dynamique sociales, entre structures et organisations vues dans la permanence, tandis que les sociétés sont en mouvement dans le temps progressif et irréversible. Alors, la changement et la transformation des sociétés sont vus dans l’interaction des facteurs externes et internes. Le changement, donc, est vu de deux angles : changement comme rupture dû aux facteurs externes, et changement vu dans le fonctionnement du système social ; à l’intérieur.

Les sociétés ne se reproduisent pas simplement et normalement, mais elles englobent tous les aspects et les dimensions des activités des agents sociaux en opposition, et de cette façon on ne peut parler de conformité ni de situations statiques et non dynamiques. Car, les pratiques des agents sociaux sont toujours en désaccord et en conflit avec les institutions officielles. C’est-à-dire les valeurs et les normes existantes. C’est pour cela que la reproduction n’est pas chose admise.

Le maintien, la reproduction, l’équilibre et le déséquilibre ; telles sont les choses qui révèlent la complexité des sociétés dites traditionnelles. Celles-ci, en essayant d’empêcher et d’éviter ce qui entrave leur continuité entre dans une dynamique qui dément leur qualification des sociétés stables car, dans le contexte des transformations, elles sont des sociétés à refaire.

Quant aux sociétés industrielles malgré qu’elles sont connues par leur transformation et qualifiées de dynamiques, mais elles ne sont pas à l’abri de confusion, car comme disait H. Marcus elles sont condamnées à ne pas connaître du changement qualificatif, vu la place qu’occupe l’Etat. Ainsi, pour saisir la réalité des deux types de société, on fait appel à la dialectique, comme méthode qui n’exclue pas l’une ou l’autre. Et mais l’accent sur tous les aspects contradictoires qui font de la société une réalité en changement perpétuel.

La question, donc, c’est que pourquoi les sociétés qui connaissent des coupures et des discontinuités arrivent à continuer ? On dit que les crises sont périodiques, mais il y a toujours une continuité du système global.

Pour Balandier, l’opposition statique sociale/ dynamique sociale est insensé. Selon lui, « trois ordres de données dynamiques peuvent être retenus en première analyse : celui des dynamiques inhérents au système social, à ses conditions de composition, de fonctionnement et de reproduction ; celui des dynamiques par lesquels le système tend à sa pleine réalisation ; celui des dynamiques provocateurs de transformation, entrainant un changement de régime structurel. Il n’apparaît pas de rupture nette entre ces ordres … » ( Balandier, G., s.et p. ,p.46)

Ainsi, nous sommes dans la dynamique du « dedans », car ces ordres reflètent les actions des agents et non pas la dynamique du « dehors ». Et, pour prendre la société dans sa globalité, il faut mettre en interrelation les deux dynamiques.

Dans toute société globale constituée des systèmes et des sous-systèmes, on ne peut pas parler des systèmes clos et stables et isolés, mais ils sont dans un dynamisme qui leur est caractéristique commune. C’est cette complexité que reflète l’hétérogénéité de la société qui incite à affirmer que les dynamismes sont relatifs aux systèmes et à toute la société globale, ce qui génère des changements et un processus de reconstitution et de reconstruction continues. Là, la société est saisie par des systèmes qui la fondent et qui sont en confrontation depuis les pratiques des agents sociaux. Ce qui rend les systèmes en transformation continue, la chose qui met en évidence la non stabilité des sociétés dites traditionnelles. Car, le mouvement dynamique empêche la reproduction normale en conformité avec la tradition.

L’accentuation des dynamismes sociaux dont le moteur est les pratiques des agents nous apprend que la soumission aux règles conservatrices et passives au profit de l’ordre établi n’est pas une chose admise, car toute société porte en elle les germes d’une nouvelle société.

Enfin, la sociologie dynamiste analyse en termes du changement, de transformation et des rapports établis entre les agents sociaux et les systèmes différents de la société globale, tout en affirmant les incertitudes et le caractère complexe des sociétés dans leurs modes de vie qui manifestent des problématiques non aisées. Et, vu l’hétérogénéité des formations sociales, on ne peut pas se contenter de simple analyse réductrice qui considère la société comme une entité qu’on peut soumettre à une spéculation généraliste.

L’hétérogénéité veut dire que la société est multidimensionnelle et on ne peut pas la saisir au singulier. Pour cette raison toute société est une œuvre infinie, en formation continue, elle se construit perpétuellement, elle est porteuse de discontinuité et de continuité, c’est une dialectique qui se conçoit dans le temps, car le mouvement se fait dans le temps.

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