Libre échange et migrations internationales

Publié le par fibra

Introduction

La liberté de circulation, du déplacement et du mouvement est l’une des choses qui confère du sens au libre échange.

L’échange s’effectue dans tous les domaines et les sphères de la vie, entre les individus, les groupes, les sociétés et les Etats. Il présuppose la suppression des frontières pour faciliter la connexion. Mais, ce n’est pas toujours évident.

Aucune chose ne peut être vue hors de son contexte d’apparition et du fonctionnement. Le capitalisme comme mode de production est de par sa nature condamné à la généralisation globale. Car, le capital n’a pas de nationalité, n’a pas de frontières. Au début et pour des raisons de reconstruction des économies les migrations étaient encouragées, voulues et ne connaissaient pas d’obstacles. Après les années 1970 et la fin des trente glorieuses, l’immigration du travail va être arrêtée et un autre stade commencera.

La fermeture des frontières a créé une vague nouvelle des migrations clandestines qui multiplient et diversifient les moyens et les itinéraires empruntés et modifient la physionomie des migrations. Emigrer n’est pas possible aux pauvres, car il faut des moyens. Et, le coût d’immigration ne se réduit pas à la somme d’argent que l’on donne au passeur, mais il englobe tout ce qu’on laissé derrière soi. Ce voyage d’entre deux ! Entre la vie et la mort. Pour cela, il faut avoir l’argent, le capital social et l’audace d’aventurier.

Devant l’augmentation ininterrompue des immigrés, plusieurs procédures ont été expérimentées. Ainsi, les politiciens de l’Europe proposent chacun à sa façon ce qui suit :

- La construction des postes frontières dans les pays émetteurs ou d’origine.

- Le démantèlement des organisations des passeurs.

- L’augmentation du coût d’immigration.

La question d’immigration fait appel au développement économique des pays d’origine. Ce qui fait que la construction des barrières n’est pas réaliste et va à l’encontre du développement des forces productives et se contredit avec la mondialisation et l’intégration des économies.

Notre problématique est : les politiques du libre échange sont-elles la cause d’augmentation des flux migratoires ou bien constituent-elles un facteur de leur diminution ? Libre échange est-il une réponse aux inégalités dont résultent les migrations ?

Pour répondre à cette problématique, nous devons se poser les questions suivantes : qu’est-ce que le libre échange ? Est-il un stade logique du développement capitaliste ? Les écarts entre les pays développés et non développés peuvent-ils être annulés ? Qui profite du libre échange ? Le développement est-il un facteur attrayant ou répulsif des migrations ? Les économies aux stades du développement différents peuvent-elles être de la même façon ?

Émigration et développement, quelle relation ?

Les politiques migratoires ont connu un changement : l’arrêt d’immigration du travail et la fermeture des frontières. Ce point de renversement s’explique par la fin des trente glorieuses et la crise pétrolière. Malgré la surveillance et le contrôle des frontières, les migrations clandestines ne cessent pas d’augmenter. Il s’avère impossible de mettre fin aux migrations par n’importe quel moyen à caractère urgent, provisoire et sécuritaire. Car, le fait de contrôler et surveiller les frontières est coûteux ; il nécessite un budget, des moyens technologiques et humains. Puis c’est inefficace car, malgré l’installation des radars, des patrouilles et des équipes spécialisées dans le détroit de Gibraltar et entre les îles Canaries et le Sahara, malgré cela les migrations diversifient l es façons et multiplient les espaces et les points d’embarquement. L’information circule et ça facilite la connexion et l’organisation du projet. Et, enfin l’imposition d’arrêt d’immigration est une violation des droits humains.

Ainsi, le Nord et le Sud Est de la Méditerranée ont ceci du commun : les migrations. Comment lutter contre les migrations ? Comment harmoniser les intérêts des Etats et ceux des patronats ? Comment distinguer entre le droit des personnes à la circulation et le droit des Etats à contrôler leurs territoires ?

Pour le Nord, l’arrêt des migrations doit être effectué hors des pays de l’Europe. C’est la tâche des pays de transit : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Lybie… parmi d’autres. Le CARIM (consortium euro-méditerranéen pour la recherche appliquée sur les migrations internationales) travaille sur 17 pays de SEM ( Sud Est de la Méditerranée) qui connaissent les trois formes des migrations.

Donc, il faut que ces pays deviennent des gendarmes qui surveillent, contrôlent et empêchent les immigrés de traverser à l’autre rive. Cette politique sécuritaire est vouée à l’échec.

Il y a l’unanimité sur le contrôle des étrangers le contrôle aux frontières. Ceci est généré par la peur de l’étranger qui est aux yeux des Etats un problème. Ce qui signifie qu’ils son responsables de la crise et ce qui en découle. La solution donc est de réduire l’immigration au point zéro et endurcir les conditions d’entrée pour arriver à une immigration sélectionnée et choisie. La réalité dévoile un autre déroulement du processus. Si la politique sécuritaire vise à anéantir et en finir définitivement avec l’immigration, la réalité nous apprend que l’effectif des immigrés est en hausse continue et nous assistons à une multiplication et une diversification des moyens.

Nous avons vu que les migrations sont vues par le Nord depuis des paradigmes tels que : le contrôle et le développement. Pour le premier, il n’est qu’une réaction et des idées non réalistes. Impossible d’arrêter l’immigration, même si tous les pays sont développés on aura toujours des immigrés. Car, les migrations ne sont pas statiques et unidimensionnelles. Chaque migration est collective, mais singulière aussi. Et, ce n’est pas l’économique toujours qui détermine les migrations, rarement que les pauvres émigrent. C’est coûteux de s’engager dans le projet migratoire. Beaucoup émigre à cause de l’insécurité, des guerres et des conflits de toutes natures.

Le deuxième paradigme en matière des migrations est celui du développement. On a pensé que les écarts entre les économies des pays du Nord et du Sud, sont très frappants. Alors, les pays développés attirent par leur développement qui est le facteur déterminant. Pour réduire les migrations il faut aider les pays émetteurs des migrations au développement. Si lesdits pays deviennent développés, les migrations ne seront plus en vogue et seront insignifiantes. Le développement donc est la réponse à la question des migrations. Mais, comment ? Quelle est la nature de l’aide ? L’implantation des grandes multinationales dans divers secteurs ? La multiplication des petites et moyennes entreprises ? Financement des programmes ? Par des accords et conventions ?

Tout cela se fait, beaucoup d’accords et de conventions sont signés par le Maroc, des crédits et des dons qui lui sont octroyés. Et, tout cela aussi est déterminé par une vision qui s’attend à ce que le développement économique déracine les migrations, par les effets positifs du développement sur la société. Plus qu’on se développe, plus qu’on attire et on rejette moins ou non plus.

Le développement est un facteur de disparition des migrations, mais aussi un facteur de leur création. Alors, dans le contexte actuel où on parle des zones du libre échange, soit entre l’Amérique du Nord et celle du Sud et le Caraïbe ou celle du bassin de la Méditerranée , comme suppression des frontières, comment lutter contre les migrations ? Comment les arrêter dans un monde d’échange ?

Mais, libre échange est tout d’abord une notion économique. La circulation et l’échange des marchandises sans obstacles douaniers ou frontaliers, suppression des taxes, des impôts et égalité des chances de concurrence. C’est le marché qui détermine le prix et non pas la valeur. Libre échange est alors une facilité d’élargissement de l’espace d’activité, de pluralité et de multitude de solutions.

Mais, le libre échange concerne surtout les personnes, celles des pays du Nord circulent librement sans problèmes, tandis que celles des pays du Sud ne peuvent dépasser les frontières fermées.

L’échange dans le cadre d’égalité aura du sens et sera positif à maints niveaux, mais lorsqu’il se déroule dans le cadre de disparités, de différenciations et d’inégalité, ne sera qu’un rapport de domination où le dominant impose sur le dominé qui exécute.

Depuis la pénétration coloniale l’échange a été établi et nous n’avons jamais brisé cet attachement historique. Les indépendances n’ont pas marqué une nouvelle ère, car la relation de dépendance a été nouée dans le cadre d’échange inégal.

Les deux paradigmes (contrôle et développement) des migrations internationales sont pratiquées, expérimentées et sont incapables de répondre au défi soulevé : arrêt d’immigration ou immigration zéro. Soit par l’approche sécuritaire, soit par l’approche économiste, les migrations seront comme elles sont ; en constante augmentation. Ainsi, nous pouvons dire que la politique du libre échange issue du paradigme du développement ne peut être une réponse au résultat de plusieurs problèmes en interdépendance, à une complexité qui est l’immigration.

Conclusion

Pourquoi ces deux paradigmes sont incapables de comprendre l’immigration dans sa dynamique et au travers toutes ses dimensions ?

Les deux fondés sur les écarts et les disparités et sont volontaristes. Par conséquent, la régionalisation par la création des zones de partenariat ne peut aboutir qu’à une seule chose : la faillite totale des économies des pays non développées qui seront absorbées complètement et c’est ça la mondialisation. C’est la généralisation à l’échelle mondiale du système capitaliste en conformité avec sa tendance générale comme système d’expansion et du marché. C’est aussi la mondialisation de la modernité comme mode de vie, style de faire et d’être, de cultures et de valeurs inhérentes aux sociétés occidentales. Dans tous les cas, historiquement et jusqu’à présent, le sud est dominé par le Nord. La colonisation ne se réduit pas à l’existence ou à l’occupation militaire visible, mais cela n’est que la forme externe, qu’une manifestation. Tandis que l’invisible est ce qui est noué, le rapport de dépendance établi dans tous les domaines. Cette relation de dépendance est d’actualité. La place et le rôle dépendent de la position dans le rapport de forces, de la puissance de l’économie, car une économie fondée sur l’aléatoire ne peut être partenaire d’un pays développé. Ainsi, le développement prétendu est un concept idéologique dont on peut déduire cela : « reste chez toi ».

Références bibliographiques

Hans-Hermann Hope, (traduit par : Hervé de Quengo), « Pour le libre échange et une immigration limitée », publié par : The journal of Libertarian Stadies, Volume 13(2), été 1998,

Jean-Pierre Guengant, « Migrations internationales et développement », REMI, 1996(12) 2, pp.107-127.

Denis Cogneu, Document de travail DILA/ Unité de Recharche CIPRE, Novembre, 2000.

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